Vers une cité cardio-protectrice // Dr François Reeves

Lieu : Salle Mgr Langevin et Mgr Ouellet

11:15 à 12:15

Aujourd’hui, l’environnement, autrefois sous-estimé en maladie cardiovasculaire, appert pour être un facteur de risque non seulement puissant, mais aussi hautement modulable. Nous réalisons que la révolution industrielle a introduit des nano-agresseurs alimentaires et aériens auxquels nos ancêtres pré-anthropocène n’étaient pas exposés.

Non seulement ces nano-agresseurs (polluants de combustibles fossiles et additifs alimentaires industriels) ont-ils une toxicité directe sur nos vaisseaux, provoquant athérosclérose, thrombose et dysfonctionnement du système nerveux autonome, mais ils induisent également les facteurs de risque dits classiques soient hypertension, diabète, dyslipidémie et même obésité. La conjonction de ces nano-agresseurs aériens et alimentaires se potentialise mutuellement et entrainent une « tempête cardiovasculaire parfaite », laquelle s’observe dans les sociétés émergentes reproduisant la révolution industrielle nord-américaine des années 50, où un quinquagénaire sur 3 faisait un infarctus, 400% de hausse en 50 ans.

Le Lancet Commission a publié (2017) que la pollution aérienne a causé 9 millions de décès (80% cardiovasculaires), soit 1 décès sur 6 et est devenu le tueur numéro 1, bien au-delà de SIDA, Zika, malaria et Ebola réunis. Au Canada, les maladies attribuables aux causes environnementales ont causé plus de 20 000 décès excédentaires, dont les deux tiers sont cardiovasculaires. Outre les décès, l’International Institute of Sustainable Development (IISD) a démontré que la pollution aérienne entraine au Canada des soins de santé et d’invalidité de 36 milliards de dollars, données avalisées par le Conference Board du Canada.

Par ailleurs, la présence de vert dans les cités diminue fortement l’impact des polluants et des fluctuations climatiques en hausse. On observe dans les milieux verts une diminution significative des évènements cardiovasculaires, particulièrement chez les populations défavorisées. De plus, un milieu verdoyant améliore pratiquement tous les marqueurs de santé, allant de sociologique à psychologique en passant par maladie cardiaque et cancer.

Au total, une cité cardio-protectrice se doit d’éliminer les nano-agresseurs aériens (émanations des combustibles fossiles), les nano-agresseurs alimentaires (additifs industriels nocifs) et viser une canopée urbaine optimisée comme élément de mobilier urbain durable incitant au transport actif et activités extérieures. Le Pr Salim Yussuf, cardiologue et sommité en épidémiologie cardiovasculaire de l’université McMaster, Ontario, disait : « Après tout, la maladie coronarienne était rare avant 1830. Pourquoi ne pourrait-elle pas le redevenir en 2050? C’est le défi auquel nous faisons tous face! »  La qualité de l’environnement fait partie de ce défi.

 

 

François Reeves, MD, FRCPC